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samedi, mai 28, 2022

de nouvelles sanctions contre la Biélorussie peuvent-elles être efficaces ?

INTERVIEW

Face à la Biélorussie, l’Europe veut sévir. Mercredi, la présidente de la Commission européenne Ursula Von der Leyen a ainsi assuré que l’Union européenne allait étendre ses sanctions contre le pays, accusé d’orchestrer un afflux de migrants aux frontières de l’Europe, avec de nombreuses tentatives de passage en Pologne. Mais les sanctions internationales sont-elles efficaces dans ce genre de crise diplomatique ? Invitée samedi d’Europe 1, Sylvie Matelly, directrice adjointe à l’Iris, a apporté quelques éléments de réponse. 

L’efficacité réelle de ces sanctions est « une question qui est posée depuis depuis des décennies sans qu’il n’y ait réellement un accord entre tous les experts », explique la chercheuse. « Certains considèrent que tôt ou tard, ça finit par marcher et que quand vous avez la volonté de renverser un régime, à force de le sanctionner et d’étouffer son économie, vous allez parvenir à vos fins », développe-t-elle, ces derniers se basant souvent sur l’exemple de l’Afrique du Sud et la fin de l’Apartheid. Mais « d’autres expliquent qu’il y a peut-être bien d’autres phénomènes qui ont conduit à faire plier le gouvernement que les seules sanctions ».

« Cela stimule un certain nationalisme »

Mais le plus souvent, indique Sylvie Matelly, ces sanctions, « surtout avant qu’elles ne soient ciblées », sont peu efficaces, voire ont même « un effet contre-productif », en resserrant souvent les liens entre les populations et le régime en place. Ces sanctions peuvent être « perçues par la population comme de l’ingérence, comme la volonté d’aller contre, pas seulement le gouvernement, mais contre le pays », indique l’invitée d’Europe 1. « Cela stimule un certain nationalisme, un ralliement autour du drapeau. Et ça réduit l’efficacité des sanctions. »

Autre effet : « ça peut renforcer les alliances ». « On a vu que la Chine a eu tendance à renforcer sa relation avec l’Iran à partir du moment où on instaurait des sanctions contre l’Iran, qui avait besoin d’exporter son pétrole », poursuit Sylvie Matelly. « Donc, il y a ces deux effets qui peuvent effectivement réduire l’efficacité des sanctions. »

« Un aveu de faiblesse »

Plus globalement, les sanctions représentent « un peu la voie de la facilité quand on ne veut pas aller au conflit, mais qu’on veut quand même marquer le coup », fait remarquer la directrice adjointe à l’Iris, y voyant « un aveu de faiblesse » pouvant être « extrêmement contre-productif pour les entités qui sanctionnent » et pouvant « renforcer les entités qui sont sanctionnées ». Par ailleurs, ces sanctions ne peuvent être réellement impactantes que si elles sont appliquées par l’ensemble des partenaires économiques de l’Etat sanctionné. Or, « dans un monde devenu global, où les flux commerciaux s’échangent et naviguent sur l’ensemble de la planète, il est extrêmement facile pour un pays sanctionné de se procurer les biens auxquels il n’a pas accès par d’autres canaux que les canaux initiaux », dit encore Sylvie Matelly. 

Pour que les sanctions soient efficaces, « il faut avoir des choses à négocier », précise la spécialiste. « On s’aperçoit que les sanctions sont efficaces quand elles sont imposées dans un premier temps, avec l’idée de se donner des marges de manœuvre, des moyens d’aller négocier un assouplissement des sanctions, par exemple. C’est quelque chose qu’a pratiqué de manière très claire Barack Obama pendant ses deux mandats, avec un premier mandat où il a sanctionné à tout crin et un deuxième mandat où il est allé négocier avec les Birmans, avec les Iraniens. Et progressivement, il a levé les sanctions. » Dans ces cas précis, « on a vu des sanctions qui semblaient fonctionner, mais pas tant du fait des sanctions, mais parce qu’à un moment donné, elles conduisaient les parties autour de la table. »

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