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vendredi, janvier 28, 2022

pourquoi les habitants bloquent les forces françaises de Barkhane

Vincent Hervouet
12h13, le 26 novembre 2021, modifié à
12h14, le 26 novembre 2021

Depuis une semaine, un convoi militaire français est bloqué au Burkina Faso par des manifestants qui refusent de le laisser passer. Ce n’est d’ailleurs pas un convoi blindé, c’est plutôt une caravane, qui fait des rotations toutes les six semaines. Imaginez une soixantaine de véhicules, des poids lourds avec une protection, escortés par des petits blindés des griffon de commandement au port d’Abidjan. Il charge des pièces de rechange, des munitions, du ravitaillement, du courrier, sans doute des colis de Noël. Le tout pour les hommes de Barkhane qui sont en train de se désengager du nord du Mali.

Des manifestants persuadés que la France apporte des armes aux djihadistes

Mais pour arriver à Gao, il faut traverser le Burkina Faso. C’est la voie sacrée sous le cagnard, à la frontière. Les gendarmes burkinabés forment une escorte. L’expédition prend huit jours à l’aller. Sauf que cette fois, il y a un comité d’accueil à chaque bled. Et dès la frontière, des manifestants conspuent les Français. Ils sont persuadés qu’ils apportent des armes aux djihadistes, qu’ils sont de mèche avec les terroristes qui attaquent le pays depuis six ans.

À Bobo-Dioulasso, à Ouagadougou, la caravane passe (non sans mal). Mais à Kaya, les manifestants sont trop nombreux. La route est barrée. Le poing levé, les manifestants crient “No pasaran” ! Ils brandissent des pancartes “Libérez le Sahel, la France dehors” ! Et même un drapeau russe. Les Français se replient derrière des barbelés. Ils sont attaqués. Ils font des tirs de semonce. Il y a deux blessés. Le convoi repart fissa, mais dans l’autre sens, il recule de 100 kilomètres, se met à l’abri dans une enclave militaire et attend. Cela fait huit jours qu’il y est encalminé, attendant que les esprits se calment. Qu’à force de palabres, le gouvernement obtienne la levée des barrages.

Depuis bientôt dix ans, les militaires sont harcelés par les djihadistes au Sahel. Ils sont maintenant paralysés par leurs victimes, par les habitants du pays.

Comment expliquer ces manifestations hostiles et coordonnées ?

Il y a une coalition des patriotes africains du Burkina Faso qui prospèrent sur le sentiment anti-français, qui s’est développé au Mali avec l’idée que si la France n’a pas réussi à endiguer le djihadisme, c’est qu’elle ne le voulait pas vraiment, qu’elle n’y a pas mis les moyens ou pire, qu’elle a un agenda secret. De nombreux Maliens sont convaincus que la France a pris le parti des minorités arabisé, qu’elle soutient en sous main le séparatisme touareg.

Ajoutez à cela le mauvais procès néocolonial qui accuse la France de piller les ressources minières. Cette idée simple est une idée fausse. Qu’importe, au Burkina, on est d’autant plus enclin à y croire que se tient depuis un mois le procès des assassins de Thomas Sankara, le président révolutionnaire, le martyr national. C’était en 1987 et les Burkinabés restent absolument persuadés, contre toute évidence, que François Mitterrand lui même a ordonné son élimination.

Florence Parly devrait revoir les Tontons flingueurs

La ministre de la Défense, Florence Parly, dénonce une “campagne menée par des pays étrangers”. Mais si les Sahéliens se trompent d’ennemi, la ministre, aussi. Le “wokisme” fait partout des ravages. Pourquoi voulez-vous que l’Afrique soit épargnée ? Un sentiment anti-Français se développe parce que la France ne fait plus peur et qu’on ne la comprend pas. Son enlisement au Sahel la discrédite sans doute sur les réseaux sociaux et dans les médias locaux. Des influenceurs téléguidés par la Russie ou par les Turcs. Mais ce n’est pas le Kremlin qui met un convoi en panne au milieu du désert.

Il faudrait que la ministre revoie Les Tontons flingueurs. Michel Audiard fait dire à Théo, le tueur avec un drôle d’accent, une vérité qui est une vérité d’expérience. “La bave du crapaud n’empêche pas la caravane de passer”.

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