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dimanche, juin 26, 2022

Le Premier ministre malien accuse la France d’avoir cherché la partition du Mali

Le Premier ministre malien
 Choguel Kokalla Maïga a accusé lundi la France d’avoir œuvré à la partition de son pays à travers son engagement militaire, dans une nouvelle charge virulente devant des diplomates en poste à Bamako. Choguel Kokalla Maïga, chef du gouvernement installé par la junte arrivée au pouvoir à la faveur de deux putschs successifs en août 2020 et juin 2021, s’en est pris à la France durant plus de 45 minutes, devant les diplomates réunis à sa demande à la Primature, sans aller jusqu’à demander explicitement le retrait de la force antijihadiste Barkhane conduite par Paris.

« Les terroristes ont eu le temps de se réfugier, et de réorganiser »

« Après (un) temps d’allégresse » en 2013 quand les soldats français ont libéré le nord du Mali tombé sous la coupe de groupes djihadistes, « l’intervention s’est muée dans un deuxième temps en une opération de partition de fait du Mali qui a (consisté dans) la sanctuarisation d’une partie de notre territoire, où les terroristes ont eu le temps de se réfugier, de se réorganiser pour revenir en force à partir de 2014 », a-t-il estimé.

Dans un contexte de vives tensions entre Paris et Bamako, il a convoqué le souvenir de la Seconde Guerre mondiale : « Les Américains n’ont-ils pas libéré la France ? (…) Quand les Français ont jugé que (la présence américaine en France, ndlr) n’était plus nécessaire, ils ont dit aux Américains de partir, est-ce que les Américains se sont mis à insulter les Français ? », a-t-il dit.

Des sanctions qui ne passent pas du côté du Mali

Depuis que l’organisation des Etats ouest-africains (Cédéao) a imposé au Mali le 9 janvier des sanctions soutenues par la France et différents partenaires du pays, la junte s’arc-boute sur la souveraineté du territoire. Les autorités maliennes accusent la France, ex-puissance coloniale, d’avoir instrumentalisé la Cédéao. L’objectif est « de nous présenter comme un paria, avec l’objectif inavoué et inavouable à court terme d’asphyxier l’économie afin d’aboutir pour le compte de qui l’on sait et par procuration à la déstabilisation et au renversement des institutions de la transition », a dit Choguel Kokalla Maïga.

Les dirigeants français « n’ont jamais dit à leur opinion publique, quand ils intervenaient en 2013, qu’ils allaient diviser le Mali », a-t-il dit. « On ne peut pas nous vassaliser, on ne peut pas transformer le pays en esclave; ça, c’est terminé », a-t-il poursuivi en référence à la colonisation.

La critique d’un groupement européen d’intervention

Choguel Kokalla Maïga s’est aussi attaqué à Takuba, groupement européen de forces spéciales initié par la France et destiné à accompagner les soldats maliens au combat face aux jihadistes. Takuba, « c’est pour diviser le Mali. C’est ‘le sabre’, en (langue) songhai et en tamasheq, ça n’est pas un nom qui a été pris par hasard », a-t-il dit. En plus de retarder le retour des civils au pouvoir, la France et ses partenaires européens ou américains reprochent à la junte d’avoir fait appel au sulfureux groupe russe de mercenaires Wagner, ce qu’elle conteste.

Devant les diplomates, au premier rang desquels l’ambassadeur russe Igor Gromyko, Choguel Kokalla Maïga a assimilé les soldats de la Légion étrangère, corps de l’armée française, à des mercenaires. Il a évoqué le rappel en février 2020 – avant la prise du pouvoir par les colonels maliens – de l’ambassadeur malien à Paris Toumani Djimé Diallo. Celui-ci avait provoqué la colère des autorités françaises en accusant des soldats français de « débordements » dans les quartiers chauds de Bamako. Les autorités maliennes avaient rappelé le diplomate à la demande de la France « sur la base de simples déclarations (…) sur le comportement peu orthodoxe de certains légionnaires français au Mali, j’allais dire mercenaires », a déclaré Choguel Kokalla Maïga.

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