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dimanche, septembre 25, 2022

des tirs dans les rues de Kaboul après le départ des Américains

REPORTAGE

Aux alentours d’une heure du matin, les bourdonnements des derniers avions américains ont laissé place à des rafales de tirs d’armes automatiques à Kaboul, en Afghanistan. Les talibans sont descendus dans la rue pour célébrer la fin des vingt ans de guerre et leur prise effective de toute la capitale, alors que l’aéroport leur échappait encore. La plus longue guerre américaine s’est achevée sans gloire, au milieu de la nuit, quand le dernier avion de transport militaire a décollé, une minute avant minuit, heure locale.

Au moment des tirs, les rues étaient assez désertes. Les rafales ont été tirées en plein milieu de la nuit et les talibans étaient postés dans des endroits spécifiques de la ville. En revanche, dans le checkpoint dans lequel la correspondante d’Europe 1 a pu se rendre, les talibans se félicitaient de leur victoire. Ils scandaient : « Les étrangers sont partis. »

Plus de 120.000 personnes évacuées

C’était l’épilogue d’un pont aérien frénétique ayant permis d’évacuer d’Afghanistan plus de 120.000 personnes fuyant le nouveau régime des talibans, qui avaient repris le pouvoir deux semaines plus tôt, 20 ans après en avoir été chassés par les États-Unis. Les derniers Afghans en danger sont désormais seuls, bloqués dans le pays, en attendant d’éventuelles négociations menées par les Occidentaux.

Les Américains étaient entrés en Afghanistan en 2001, à la tête d’une coalition internationale, pour chasser du pouvoir les talibans en raison de leur refus de livrer le chef d’Al-Qaïda, Oussama Ben Laden, après les attentats du 11 septembre 2001 aux États-Unis. « Félicitations à l’Afghanistan. (…) Cette victoire est la nôtre à tous », a déclaré mardi matin le principal porte-parole taliban, Zabihullah Mujahid, à l’aéroport de Kaboul, dont les islamistes avaient pris le contrôle total quelques heures plus tôt.

Des discussions avec la Turquie

« C’est une grande leçon pour d’autres envahisseurs et pour notre future génération », et « c’est aussi une leçon pour le monde », a estimé Zabihullah Mujahid. « C’est un jour historique, c’est un moment historique et nous en sommes fiers ». Comme le reste du monde, Washington regardera attentivement dans les prochains jours ce que les talibans feront à l’aéroport, et en particulier s’ils laisseront les Afghans circuler librement vers l’étranger comme ils l’ont promis. Mardi matin, les islamistes avaient enlevé tous les barrages menant à l’aéroport sauf un. Sur la route, leurs combattants étaient tout sourire et serraient les mains des chauffeurs et passagers.

Les talibans sont en discussion avec la Turquie pour qu’elle s’occupe de la logistique de l’aéroport mais ils veulent en assurer la sécurité, ce qui pourrait dissuader Ankara de donner suite. Lors de leur précédent passage au pouvoir entre 1996 et 2001, ils avaient imposé une version ultra-rigoriste de la loi islamique. Les femmes ne pouvaient ni travailler ni étudier, voleurs et meurtriers encouraient de terribles châtiments.