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mardi, juin 28, 2022

Le 52e congrès de l’Union calédonienne s’ouvre à Voh par un discours offens

L’UC a lancé ce vendredi son 52e congrès à Voh, dans la tribu de Boyen. Jusqu’à dimanche, les militants et sympathisants ont différentes thématiques à leur programme, dont celles d’un quatrième référendum et de discussions bilatérales avec le futur président de la République. D’entrée, le rendez-vous politique a marqué les esprits par les propos de Daniel Goa, président de l’Union calédonienne.

Françoise Tromeur

Publié le 1 avril 2022 à 21h58,

mis à jour le 2 avril 2022 à 09h39

Entrée en matière musclée, avant de déclarer ouvert le 52 congrès de l’Union calédonienne. Ce vendredi, à Boyen, Daniel Goa a posé le cadre des travaux durant près d’une demi-heure, avec des termes durs envers l’Etat, les partisans du dégel du corps électoral ou les élus loyalistes. Voici ce qu’on peut en retenir.

« Le corps électoral gelé issu de l’accord de Nouméa a mis un terme à la colonie de peuplement, que Pierre Messmer, Premier ministre de la France, encourageait encore dans une circulaire (…) du 19 juillet 1972 », a déclaré le président de l’UC depuis 2012. Citant à plusieurs reprises le nombre estimé des résidents qui ne peuvent pas voter aux provinciales, ni donc aux référendums. Exemple : « l’Etat français compte ramener par la petite lucarne ces 41 000 Français dans le corps électoral pour déstabiliser nos équilibres politiques toujours très fragiles. »

Revenant à l’Accord de Nouméa, Daniel Goa a posé : « Il est nécessaire de poser les bases d’une citoyenneté de la Nouvelle-Calédonie, permettant au peuple d’origine de constituer avec les hommes et les femmes qui y vivent une communauté humaine, affirmant son destin commun. »

Or, « ce destin commun a été voulu par les signataires : c’est le corps électoral gelé. Pourquoi la France remettrait-elle en cause cet acquis fondamental pour une poignée de Français en mal de vivre qui ont quitté le pays (…) pour nous dire une fois installés ici que la France est la plus belle et la meilleure ? (…) Est-elle prête à sacrifier un processus politique, une parole prise devant la communauté internationale et la paix, pour cette poignée d’aventuriers (…) ? »

Le dirigeant du plus vieux parti calédonien a cité les Français « qui parlent très fort de liberté, de dignité, et qui s’indignent aujourd’hui de ce que Poutine (…) fait endurer aux Ukrainiens ». Il a comparé : « Ces belligérants ont une frontière commune, une histoire séculaire, vécue et partagée. La France n’a pas de frontière dans le Pacifique. N’a qu’une histoire, peu glorieuse : celle de son impérialisme omniprésent. N’a pas de culture commune avec le Pacifique. »

Daniel Goa s’est attardé sur la Seconde guerre mondiale et la résistance face à « l’Allemagne hitlérienne ». Et plus loin, il a développé : « Cette France (…) n’hésite toujours pas aujourd’hui à tenir des peuples sous sujétion et se sentir plus belle avec des colonies. Celle qui critique (…) Poutine et la Russie est hélas encore présente en Nouvelle-Calédonie et à Tahiti, qu’elle s’obstine à tenir sous le joug colonial. Toujours présente à Mayotte, [elle] occupe une partie du territoire comorien, souverain. La communauté internationale qualifie d’ailleurs la situation de la France à Mayotte d’occupant qui tient sous domination étrangère une partie du territoire national comorien. »

« C’est-à-dire qu’elle a, en 2022, le même comportement que l’Allemagne nazie en 1940 ou celui de la Russie et Poutine en Ukraine », a-t-il enchaîné. « Elle ne fait pas mieux. » Un extrait capté par Brice Bachon :

©nouvellecaledonie

A peine connue, cette déclaration explosive a provoqué de vives réactions. « En ouverture du congrès de son parti, le président de l’Union calédonienne vient de comparer la France de 2022 à l’Allemagne nazie de 1940. Par cette odieuse comparaison, Daniel Goa montre qu’il n’a plus aucune limite à l’outrance, à la provocation, à la radicalité », a par exemple dénoncé Générations NC dans un communiqué.

« Depuis plus de trente ans, l’action de la France en Nouvelle-Calédonie offre aux Calédoniens, de toutes ethnies et de toutes origines de disposer d’un bien précieux : un avenir. Comparer cette action à ce qu’a pu être pour le monde l’horreur du régime nazi est une véritable honte. » Le parti « estime du devoir de la justice qu’elle se saisisse de ces propos ».

Revenons à ce discours d’ouverture, notamment la partie dédiée à la consultation référendaire du 12 décembre, marquée à la fois par un non plus que massif et par une abstention colossale. Utilisant les termes de « mascarade » et « fiasco politique », le président de l’UC a déclaré : « Cet acte unilatéral s’avère une faute politique majeure de la France. (…) Elle s’est départie de sa neutralité en tant que puissance administrante (…) L’Accord de Nouméa devait déboucher sur notre émancipation (…) C’est (…) une France néo-colonialiste que l’on a retrouvée et qui s’est cachée de cette tentative de putsch colonial. »

Le ministre des Outremer, a-t-il poursuivi, « nous propose de négocier un référendum de projet pour juin 2023. Nous, nous ne négocierons rien. Nous nous contenterons d’entendre les explications de l’Etat sur cet échec et nous discuterons pour savoir ce qu’il compte faire pour sortir de cette impasse politique. » Car, martèle-t-il, « l’Union calédonienne n’a rien à négocier, si ce n’est que écouter et discuter du processus d’émancipation qui conduira irréversiblement vers notre souveraineté. Le temps est venu de passer aux actes et de s’émanciper. C’est ce que nous avons signé. »

Avec ce tacle quant à la démarche d’ouvrir plus largement la réflexion sur l’avenir : « Politiquement, l’Etat continue ses actes de déstabilisation et nous manipule en impliquant pernicieusement la société civile pour mieux nous diviser et régner. »

Autre extrait capté par Brice Bachon :

©nouvellecaledonie

La suite ? « Que nous discutions en bilatéral, avec le colonisateur uniquement », en commençant par « la voie vers une complète émancipation avec une date irréversible de notre sortie du processus colonial ». Précision : « Nous irons sous un format politique, et non institutionnel, que nous choisirons, et pas sur un format imposé par l’Etat. »

L’examen du budget de la Nouvelle-Calédonie a été évoqué. « L’épisode du début de semaine au Congrès nous montre combien nos adversaires politiques ne sont pas prêts à l’exercice de la démocratie », a lancé le président de l’UC. « Après vingt ans d’accord, ils n’ont toujours compris que l’Accord de Nouméa était (…) un moyen, par décolonisation, de fonder un lien (…) durable entre les communautés qui vivent en Nouvelle-Calédonie, et permettre au peuple kanak d’établir avec la France des relations nouvelles. »

Là encore, les mots ont été cinglants : « Ces élus de la droite locale n’acceptent pas le fait majoritaire, habitués à à leurs petites habitudes, leurs petits arrangements et à leurs petites pratiques d’économie de comptoir. »

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