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mardi, juin 28, 2022

5 éléments pour comprendre … l’extrême droite française : l’Action Française et Charles Maurras

Un homme en particulier a joué un rôle prépondérant dans la montée en puissance de l’extrême droite en France : Charles Maurras. Fer de lance de l’Action Française (ligue, journal et institution) ses idées sont héritées d’une première crise : le boulangisme, et vont infuser en France jusqu’à l’unique prise de pouvoir de l’extrême droite jusqu’à nos jours : le régime de Vichy.

Le boulangisme (1885-1889) : les racines profondes de l’extrême droite

Une série de crises à la fin des années 1880 vient affaiblir la IIIème République et ainsi permettre à des idées contestataires de droite de frayer leurs chemins dans l’opinion publique. Scandales financiers et politiques font naître un véritable mécontentement dans la population française. Toutes les idées contestataires sont incarnées par un personnage : le général Boulanger. Il promet de renverser les institutions, de mettre fin au régime parlementaire, de venger la défaite de la France face à la Prusse. Les législatives de 1889 sont un succès pour lui. Mais, soupçonné de vouloir monter un coup d’état, il fuit en Belgique. Malgré le fait qu’il rencontre son succès plutôt dans les sphères de gauche : de nombreux ouvriers (dont le vote était en majorité situé à gauche à l’époque) se rallient à sa cause, le boulangisme porte des idées antidémocratiques et patriotiques qui seront fondatrices de l’extrême droite.

Aux racines de l’extrême droite, donc, un rejet des institutions démocratiques dans une République encore jeune et fragile.

Le général Boulanger en campagne en 1888 L’affaire Dreyfus (1894-1906): véritable berceau de l’extrême droite en France

C’est l’affaire Dreyfus qui marque vraiment la naissance de l’extrême droite en France. Si le terme avait été créé pendant la Révolution pour désigner les aristocrates et le clergé favorables au maintien des “anciens principes” (donc monarchistes) assis au plus à droite de l’hémicycle de l’Assemblée Nationale, il est réactualisé à la fin du XIXème siècle lors de cette crise.

Le cas Dreyfus, général juif accusé à tort de haute trahison par l’armée française divise les Français. Parmi les antidreyfusards (accusateurs de Dreyfus), une voix s’élève : celle de Charles Maurras. C’est un écrivain nationaliste en vue, qui ne tarde pas à se faire connaître du grand public grâce à ses prises de positions. Pour lui, ce n’est pas la défense de la vérité qui compte dans cette affaire, mais la défense de l’intérêt national. Profondément antisémite, le faux à l’origine de l’accusation de Dreyfus est pour lui un acte nationaliste.

Charles Maurras fonde l’Action Française durant cette affaire : elle est composée d’un journal, d’une ligue et d’un institut qui forme les partisans. L’AF se dresse contre la République : elle est antisémite, royaliste et nationaliste. Charles Maurras a un but : faire un coup de force afin de rétablir la monarchie, car la démocratie aurait pour but de “tuer la patrie” car elle a laissé “prospérer son ennemi : les Juifs“. Le succès du journal est phénoménal dès 1908, et ne va cesser de grandir jusqu’à son interdiction après la Seconde Guerre mondiale.

La Première Guerre mondiale : la montée de l’Action Française

Durant la Grande Guerre, le journal L’Action Française gagne des lecteurs : l’extrême droite de Charles Maurras étend ainsi son influence. Sa ligne éditoriale profondément nationaliste s’inscrit dans la propagande de guerre que doit mettre en place toute la presse. Maurras se rallie à L’Union sacrée en place au gouvernement qui appelle tous les courants politiques à s’unir dans l’effort de guerre et à exalter le patriotisme des Français. L’homme de droite entretient donc des liens avec les autres hommes politiques car il considère que la priorité est à la victoire, et laisse de côté pour un temps ses idées antiparlementaires et monarchistes. Il refuse cependant de reconnaître que la victoire de la France est aussi celle de la République.

Le journal touche alors une audience de plus en plus large, de plus de 100 000 lecteurs à la fin de la guerre. C’est donc à ce moment là que son importance est la plus grande. L’Action française reprend son travail contre la République et se lance dans une bataille intellectuelle contre les humanistes. Durant les années 1920, plus de 300 articles concernant les Juifs sont publiés dans L’Action Française. Les idées de Maurras et d’extrême droite se propagent.

L’entre-deux-guerres et la création des ligues fascistes

Les années d’entre-deux-guerres signent la montée de l’extrême droite en Europe, et plus particulièrement du fascisme. En France, L’Action Française est accusée par certains de seulement proférer des menaces et de ne jamais passer à l’acte. Elle est surnommée “l’inaction française”. Mais ses idées ont tracé leurs chemins. De multiples organisations politiques, appelées ligues, naissent dans les années 1920-1930 et défendent des idées d’extrêmes droites : antiparlementaristes, antisémites, anti-bolchevique. Parmi les plus importantes, la ligue des Croix-de-feu, composée d’anciens combattants, ou encore Le Faisceau, qui est aussi un parti politique national-socialiste.

Le 6 février 1934, ces ligues manifestent et menacent le pouvoir en place, faisant plus de 1500 blessés et 18 morts. Cette crise provoque la chute du gouvernement et signe une radicalisation de la droite. Cependant elle forme aussi les prémices de l’union de la gauche qui se fera sous le nom de Front Populaire en 1936. La montée des ligues a créé une peur du fascisme en France et crée un clivage entre “fascistes” et “antifascistes” qui polarise la vie politique française d’avant-guerre .Elles sont détruites par le gouvernement du Front Populaire en 1936. L’action Française est la première victime de ces démantèlements.

La prise de pouvoir de l’extrême droite : le Régime de Vichy (1940-1944)

Le régime de Vichy est à ce jour le seul moment de prise de pouvoir de l’extrême droite en France. Les idées de Charles Maurras se retrouvent dans une partie des politiques mises en place par le Maréchal Pétain, notamment dans leur versant traditionnaliste (les valeurs de la famille et du travail par exemple) ou encore dans les mesures à l’encontre des Juifs. Pétainiste convaincu, Maurras est décoré de la Francisque en 1943.

A la Libération, Charles Maurras est condamné à la perpétuité et à la dégradation nationale en raison des articles qu’il a continué de publier pendant la guerre : il y appelait notamment a l’exécution des Résistants et supportait les législations et milices antijuives.

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