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mardi, juin 28, 2022

Recrudescence des e-escroqueries – Mayotte la 1ère

Qui n’a jamais reçu un mail pour annoncer un gain d’argent ou encore d’un magnifique lot à retirer … mais moyennant finance ? Ces arnaques grossières connus de tous aujourd’hui ne fonctionnent plus. Mais les escrocs font preuve de toujours plus d’imagination et élaborent des arnaques toujours plus audacieuses. La police a développé la plateforme Thésée qui va permettre aux personnes qui n’ont pas forcément envie de se déplacer de pouvoir déposer plainte en ligne.

 «Il m’a envoyé une invitation et j’ai accepté.» C’est ainsi que débute la mésaventure de cette jeune fille de 19 ans; qui désire rester anonyme. Une invitation qu’elle croit recevoir du maire de Mamoudzou. «Il m’a demandé si je travaillais, je lui ai répondu que j’étais en formation. Il m’a dit qu’il y avait 2 postes de réceptionnistes à pourvoir de toute urgence. Je lui ai dit que j’aimerais postuler. Et il m’a dit d’envoyer mon C.V sur son e-mail personnel. » Nous confie la jeune fille.

Au bout de 3 jours, celui qui se fait passer pour le maire de Mamoudzou lui envoie un contrat à durée indéterminée. Il lui demande de le signer et de le lui renvoyer. Suite à cela, il lui fait parvenir une convocation afin qu’elle puisse se rendre à la mairie pour son entretien d’embauche. «Dessus j’avais toutes les indications lieu, horaire, mon contact à la mairie etc… mais aussi le fait que je devais payer 290 euros pour une assurance de travail.»

La plateforme Thésée pour dénoncer les escroqueries en ligne

©Géraldine Louis

La jeune femme n’ayant pas de donnés bancaire, l’usurpateur lui donne le nom d’une personne afin que la victime âgée de 19 ans lui fasse parvenir la somme par transfert d’argent. «Plus tard, il m’a recontacté parce qu’il avait oublié de me dire que je devais 450 euros pour une histoire d’engagement juridique. Mais comme il avait oublié de me le dire, il a dit qu’il prenait 150 euros à sa charge et moi je devais payer les 300 euros. J’ai envoyé l’argent encore une fois » confesse la jeune fille piteuse.

L’escroc pousse sa chance jusqu’à demander à la jeune fille de payer les 150 euros qu’il devait prendre à sa charge, arguant que l’argent devait venir d’elle. Mais, lui assure-t-il, la somme lui sera restituée lors de son entretien le 30 mars. Encore une fois, le jeune victime ne soupçonne rien et envoie la somme demandée.

J’ai 2 enfants, je ne travaille pas, il n’a même pas eu pitié de moi. Aujourd’hui, j’ai peur de postuler à un emploi

jeune fille anonyme escroquée sur internet

La supercherie a marché trois fois déjà, alors l’escroc retente le coup la veille du supposé entretien d’embauche. Il lui redemande 300 euros. Mais la jeune fille n’a pas l’argent. Sans argent pas d’entretien lui rétorque l’utilisateur du faux profil. « Je lui ai rappelé que j’avais déjà tout payé mais que là, je n’avais pas l’argent. Je lui ai demandé de payer plus tard il a dit non. Et là, il m’a dit que j’étais naïve et qu’il n’était pas le maire. Je lui ai alors demandé de me rendre mon argent parce que ce n’était pas le mien. Moi, je n’ai pas d’argent, c’est mon père qui me l’a prêté cet argent-là, explique la jeune fille des sanglots pleins la voix. Il m’a dit si tu veux ton argent viens ce soir à Tsoundzou 2 pour le récupérer. Mais j’ai trop peur pour y aller. Il m’a pris mon argent, il n’a même pas eu pitié de moi, alors… » 

Le commissaire divisionnaire dénoncent la hausse des arnaques sur le net depuis 2020 avec le Covid 19

©Géraldine Louis

Entre confinement et couvre-feu, l’épidémie de Covid 19 a fait exploser les commandes en ligne. Et avec eux, les e-escroqueries. «On a vu apparaitre ce phénomène plus particulièrement depuis le confinement. Il existait déjà certes mais il s’est amplifié notamment avec les fraudes sur les sites de ventes etc…» Commandant divisionnaire LABBE, Chef du service territoriale de la police judiciaire.

C’est un phénomène qui se développe énormément. Les escrocs s’habituent et évoluent en fonction de la technologie, en fonction des habitudes des gens.

Commandant divisionnaire LABBE, Chef du service territoriale de la police judiciaire.

La police nationale a donc depuis le 15 mars 2022 renforcée son dispositif de pré plainte en ligne. Thésée, pour Traitement harmonisé des enquêtes et signalement pour les e-escroqueries, c’est une plateforme en ligne pour permettre aux victimes de ne plus avoir à se déplacer en commissariat. «Désormais, elles vont pouvoir soit déposer plainte soit signaler tout simplement le fait d’avoir été contacté, abordé ou de s’être fait escroquer par le biais de l’informatique» précise le Commandant divisionnaire LABBE

Plus besoin de faire le déplacement jusqu’au commissariat de Mamoudzou pour dénoncer une arnaque sur le net avec la plateforme Thésée

©Géraldine Louis

Pour ceux qui seraient échaudés par l’informatique, le commissariat de Mamoudzou assure un accueil physique pour les dépôts de plaintes. « Souvent on reçoit des plaintes concernant des offres d’emplois. Et via ces offres d’emplois, on leur demande des identifiants bancaires. Ou même de faire des premiers virements ou de remettre de l’argent liquide. Et sur les réseaux sociaux ce sont les arnaques aux sentiments. »

«C’est une jeune femme notamment qui arnaque un homme sur les sites de rencontre. Explique le Commandant divisionnaire LABBE. La femme va répondre à la petite annonce etc… et elle va commencer à lui dire oui je veux bien venir te voir mais il faut que tu me verse de l’argent pour acheter le billet, puis ma maman elle est malade il faut que tu me donne de l’argent. C’est souvent ce genre de phénomène et la personne paie, paie, paie. On a eu parfois des 10 000 euros payé comme ça et les personnes ne se sont jamais rencontrés.»

De nombreuses victimes se présentent au commissariat en signalant le fait qu’elles aient été approchées sur les réseaux sociaux par des comptes piratés. Parfois, c’est un courriel émanant de leur banque ou en tous cas qui se fait passer pour leur banque, ou d’un service public quelconque. «Et puis au final, on s’aperçoit que les victimes ont donné de l’argent. Souvent de l’argent liquide ou un virement bancaire. Et, elles s’aperçoivent un peu tardivement malheureusement qu’il s’agissait d’une escroquerie» Commandant divisionnaire LABBE, Chef du service territoriale de la police judiciaire. 

 Il n’y a pas d’âge pour se faire avoir, tout le monde est susceptible de se faire escroquer sur le net. Ousséni Balahachi, le syndicaliste, en a fait l’amère expérience, il y a presque 9 ans.

La personne qui a usurpée le mail de Rivo m’a fait croire que mon ami était en difficulté etc… et moi, j’ai paniqué!

Ousséni Balahachi, victime d’e-usurpation

«Allo, Rivo, quand est-ce que tu t’es fait voler ton adresse mail déjà»? demande Ousséni Balahachi alors que nous lui demandons la date de sa mésaventure. A l’autre bout de la ligne, son ami, lui aussi syndicaliste le renseigne. A la suite de cette usurpation d’adresse mail, Ousséni a déboursé pas moins de 1 000 euros. «Au mois de juillet 2013, mon ami Rivo est parti en vacances. Je l’ai croisé 2 jours avant son départ. Il ne m’a pas précisé la destination de son voyage. Une semaine après, j’ai reçu un mail. Dans ce mail, Rivo me dit qu’il a de graves soucis là où il était en Grande Bretagne. Il disait avoir subi un vol.»

C’est en relevant ses e-mails en 2013 qu’Ousséni Balahachi qui croit venir en aide à un ami se fait escroquer

©Géraldine Louis

Inquiet pour son ami Ousséni Balahache questionne son entourage pour savoir s’ils ont eux aussi reçu le mail. «Ils m’ont dit oui! Je leur ai alors demandé, qu’allons-nous faire? Moi, j’ai dit que j’allais faire le nécessaire pour lui envoyer quelque chose et on s’arrangerait par la suite à son retour à Mayotte. Tout le monde m’a dit oui.»

Deux jours après avoir fait le transfert d’argent, Balahache apprend que la demande émane d’un imposteur. L’adresse e-mail de son ami a été usurpée. «Malheureusement, j’avais utilisé le système de transfert d’argent de MoneyGram. Je suis donc allé voir la responsable de l’agence à la BFC pour voir quelles démarches je devais engager pour récupérer mon argent. On a appelé jusqu’au Etats Unis pour voir au siège de MoneyGram s’il pouvait localiser la personne qui avait usurpé le mail mais c’était impossible. Jusqu’à maintenant, j’ai déposé une plainte, elle est restée sans suite.»

Ousséni Bahalache est désormais sur ces gardes. «Aujourd’hui encore je continu de recevoir des mails de gens mal intentionnés. Mais par contre, je suis prudent, je suis beaucoup plus prudent qu’avant. Pourquoi je me suis fait avoir en 2013, analyse-t-il, c’est parce que je connaissais Rivo. Et je savais qu’il allait partir en vacances. Ces deux facteurs combinés ont fait que je me suis fait avoir. 

A partir du moment où on vous demande de l’argent liquide, de faire des virements bancaires, votre code de carte bancaire, c’est qu’il y a un problème quelque part. Il faut se dire alerte, ce n’est pas normal.

Commandant divisionnaire LABBE, Chef du service territoriale de la police judiciaire.

  • Dans un 1 er temps, bien vérifiez de connaitre l’émetteur du courriel «c’est quelqu’un que vous connaissez, c’est un service public … Il y a toujours une petite faute d’orthographe, un point qui n’est pas au bon endroit » prévient le Commandant divisionnaire LABBE, Chef du service territoriale de la police judiciaire.
  •  Ne pas cliquer sur un lien inconnu. « Ensuite, attention, dès que l’on vous demande de l’argent liquide, dès que l’on vous demande de faire un virement etc… Alerte ! Tout de suite, il faut que ça vous mette la puce à l’oreille. Et se dire quand on répond à une offre d’embauche : pourquoi est-ce qu’on me demande de l’argent liquide, c’est moi qui demande à être embauché, je ne vois pas pourquoi je dois donner de l’argent » souligne le Commandant divisionnaire LABBE, Chef du service territoriale de la police judiciaire.
  • Ne pas faire de virement sur un compte bancaire inconnu à l’étranger.

Il faut surtout dire aux victimes de sauvegarder les données personnelles ailleurs que sur l’ordinateur et puis, régulièrement changer ses mots de passe et ne pas utiliser le même mot de passe pour tous les sites

Jacques Dugos, brigadier de police

« A partir du moment où ils ont accès à votre boite mail, ils peuvent faire n’importe quoi. Ils ont accès à vos données bancaires, à vos papiers d’identité. Ils peuvent contracter des crédits à votre nom, c’est plein de possibilité » alerte Jacques Dugos, brigadier de police.

La victime peut au choix se rendre au commissariat de police ou déclarer sa plainte en ligne. Il y a une condition, il faut que ce soit une plainte contre inconnu. Sont concernés les infractions punis  d’au moins 5 ans d’emprisonnement c’est-à-dire les escroqueries au sentiment,  les chantages etc… « La victime doit se connecter sur le portail service-public.fr  elle remplit sa déclaration. Ensuite les enquêteurs de cette plateforme Thésée vont relire et analyser cette déclaration pour dire si c’est bien une infraction. S’ils valident cette déclaration qui devient à ce moment-là une procédure avec un dépôt de plainte. Un récépissé de plainte sera renvoyé à la victime.

Les victimes peuvent également signaler tout simplement les faits, elles ne sont pas obligées de donner leur identité si elles n’en ont pas envie. La cumulation de signalements permet de recouper les plaintes au niveau national. Ces plaintes sont centralisées et elles vont permettre aux enquêteurs de recouper tous les petits indices pour finalement remonter jusqu’aux personnes à l’origine de l’escroquerie.

Cependant, il va falloir faire preuve de patience pour espérer revoir son argent : les enquêtes sont parfois très longues. Et pour cause, les escrocs pouvant être de toutes nationalités, il faut des commissions rogatoires internationales.  

Toutes les données sont centralisées à Nanterre. Les déclarations sont rétroactives. Mais il y a une prescription de 6 ans pour les délits.

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