16.2 C
Londres
lundi, juin 27, 2022

à Boutcha, les survivants sont traumatisés par les Russes

William Molinié, édité par Nathanaël Bentura
06h05, le 12 avril 2022, modifié à
09h39, le 12 avril 2022

À défaut de pouvoir faire parler les morts, les survivants de Boutcha, en Ukraine, racontent. Dans cette ville martyre dont les images de corps jonchés sur les routes ont ému la communauté internationale, Untel a été fusillé ici, l’autre un peu plus loin. Pendant un mois, les habitants ont dû partager leur ville avec les Russes. L’un d’entre eux n’a qu’une trentaine d’années, il souhaite garder l’anonymat de peur que les Russes ne le retrouvent, dit-il, encore traumatisé par une scène d’humiliation. « Un soldat a braqué sur moi une kalach. Il m’a déshabillé jusqu’au caleçon et m’a mis à genoux. Il m’a dit de faire la prière, je me souviens de l’avoir faite, et il a tiré à côté », a-t-il confié au micro d’Europe 1.

 

Après avoir regardé s’il avait uriné sur ses vêtements, les Russes le libèrent et le laissent partir. Aujourd’hui encore, il ne comprend pas pourquoi il est toujours en vie. « Je ne sais même pas pourquoi ils m’ont choisi. D’autres ont été fusillés, puis enterrés près d’une benne à ordure », a-t-il ajouté.

« Vous ne faites rien de nocif, et nous non plus »

La guerre ne choisit pas ses victimes. Mais elle laisse des traces partout. Pourtant en sécurité aujourd’hui, Lyubov revit tous les jours l’arrivée des Russes dans son propre immeuble. « Un char est passé, puis un deuxième char. Un troisième. On a eu le souffle coupé, quatrième. Cinquième, sixième », décrit-elle. Ce jour-là, elle pense que son heure est venue. « Un soldat s’approche de moi. Il me demande s’il n’y a que moi ici. Je lui dis ‘oui’. Il me dit ‘alors on va s’entendre pour que vous soyez en sécurité et que nous aussi. En clair, vous ne faites rien de nocif, et nous non plus' », rapporte-t-elle.

Pendant 15 jours interminables, les soldats russes vont vivre juste en dessous de son appartement. Elle est autorisée, parfois, à aller chercher de l’eau, sous l’œil d’un soldat de garde devant chaque hall d’immeuble. « Je tremblais de peur. C’était un enfer. Je ne savais pas vraiment si je pouvais passer sans me faire tirer dessus », a témoigné Lyubov.

Le 30 mars, les Russes lèvent le camp. De la même façon qu’ils sont arrivés, dans un fracas de char et de blindés. En laissant derrière eux, un sinistre tableau qui peinturera, un certain temps encore, les cauchemars des survivants.

Dernières nouvelles
Nouvelles connexes

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici