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samedi, juin 25, 2022

Affaire de la CASBT : trois mis en cause se disent victimes

Ils ont été pris dans un engrenage infernal. En sortir exposait leurs entreprises à la faillite. Les trois entrepreneurs entendus ce jeudi, dans le procès de la CASBT, ont exposé de quelle manière les autres prévenus leur mettaient le couteau sous la gorge, afin qu’ils blanchissent de l’argent public détourné ou rendent de coûteux services.

Eric Stimpfling, avec Nadine Fadel

Publié le 14 avril 2022 à 17h54,

mis à jour le 14 avril 2022 à 18h30

Jeudi 14 avril 2022 : cinquième jour du dit « procès de la CASBT », devant le tribunal de Basse-Terre.

Après ceux entendus mardi et mercredi, trois nouveaux entrepreneurs ont été entendus à la barre, aujourd’hui : Jean-Luc Devouton, Alain André et Camille Vaïtilingon. Ils font partie des 15 prévenus diversement poursuivis pour des faits présumés de trafics d’influence actifs, de prise illégale d’intérêts ou encore de recel de bien présumés, entre 2010 à 2017, au sein de la Communauté d’Agglomération du Sud Basse-Terre (CASBT). A cette époque, feue Lucette Michaux-Chevry était la présidente de la collectivité.

Solidement campé sur ses jambes, la tête haute, Jean-Luc Devouton parle fort et clair.
Pendant quatre heures, l’entrepreneur en travaux publics a dressé un véritable réquisitoire du racket mise en place du temps de la CASBT, devenue depuis la Communauté d’agglomération Grand Sud Caraïbes (CAGSC). Ce racket, il a été le premier à le dénoncer publiquement.

Rappelez-vous : le 23 janvier 2017, des engins de chantiers bloquent l’immeuble de la communauté d’agglomération, à Basse-Terre. C’était lui. Jean-Luc Devouton réclamait alors le paiement d’1,8 millions d’euros de travaux. Celui-ci avait été bloqué, sur décision de Lucette Michaux-Chevry.
« J’avais refusé de financer ces campagnes électorales, tout comme j’avais refusé d’effectuer des travaux gratuitement à son domicile. Au final, je n’ai jamais été payé et j’ai dû licencier 12 salariés », a expliqué le mis en cause.
Car le fait est que Jean-Luc Devouton est poursuivi pour trafic d’influence actif. Il a, en effet, versé 13 000 euros en dons divers et notamment à l’association « Basse-Terre, une passion ».
« René-Claude Monrose était venu me voir pour des projets d’insertion et d’animation culturelle. Cela me paraissait cohérent, d’autant qu’il n’y avait aucune contrepartie », a argumenté l’entrepreneur.
Il a d’ailleurs rappelé qu’il verse chaque année 50 000 euros de dons à des associations diverses. Des dons parfaitement légaux. « C’est pour cela que je ne comprends pas ce que je fais ici », a dit à la barre Jean-Luc Devouton.

Maître Jamil Houda, son avocat, déclare qu’il s’agit bel et bien d’une victime, dans cette affaire :

Me Jamil Houda, avocat de Jean-Luc Devouton

©Eric Stimpfling – Guadeloupe La 1ère

Alain André a, lui aussi, l’air un peu perdu, dans la salle d’audience.
Poursuivi pour recel d’abus de biens sociaux, le gérant de l’établissement Ruillier, grossiste en alimentation, confirme que Fred Madinecouty avait un compte. Un compte au fonctionnement très particulier, car alimenté quasi-exclusivement par des sociétés comme AquaT, Getelec ou encore Gaddarkhan, soit 176.000 euros, entre 2009 et 2016. 
De quoi payer quelques bouteilles de champagne…  

« J’admets une erreur, un manque de clairvoyance, je travaille entre 12 à 14 heures par jour », s’est expliqué Alain André.

Camille Vaïtilingon est, lui, gérant des sociétés TTM, ROM, SEREG et SOMATRA. Il est poursuivi pour trafic d’influence actif.
Il peinait à se faire payer sa prestation relative au marché de collecte des ordures ménagères, à Capesterre-Belle-Eau, remporté en 2015, pour quatre ans, selon son témoignage.
Pour autant, trace a été retrouvée de 6 000 euros qu’il a versés à Fred Madinecouty, le Directeur général des services (DGS) de la CASBT, également prévenu.
« Un don personnel, pour l’aider à payer les études de pilote de son fils », a dit Camille Vaïtilingon, qui a aussi confirmé avoir acheté deux billets d’avion par an, durant trois ans, au nom de sa société ROM, au bénéfice du DGS de la collectivité.
« Un geste d’amitié », selon l’entrepreneur.

Dans cette affaire, décidément, l’amitié a conduit plus d’un homme devant la justice.

Pour Camille Vaïtilingon, il n’en est rien sorti de bon, à l’entendre : « aujourd’hui, Grand Sud Caraïbe me doit encore 350000 euros. À cause de cette histoire, j’ai tout perdu. Ma société ramassait les ordures dans 11 communes, aujourd’hui 0. J’ai 44 camions garés sur un terrain ».

L’audience est suspendue jusqu’à mardi.

 AUSSI : Affaire de la CASBT : une mécanique bien huilée, jusqu’au pot aux roses – article du 13/04/2022.

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